Les appels à la démission de la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR), Frédérique Vidal, se multiplient depuis qu’elle a annoncé vouloir commander une enquête sur les ravages de « l’islamo-gauchisme » à l’Université. Les raisons de mettre un terme à son sinistre mandat ne manquent pas : chasse aux sorcières « islamo-gauchistes » donc, appuyée sur des rumeurs fallacieuses, mais aussi abandon des étudiant·es pendant la pandémie (voir et signer cet appel des étudiants de la cité U de Nanterre), marchandisation xénophobe de l’université avec la hausse des frais d’inscription pour les étudiant·es étrangèr·es, duplicité intellectuelle, duplication de bandes de gel, mandarinat et recrutement local.
Ah, et on oubliait la Loi de Programmation de la Recherche (LPR), une loi de précarisation !

Pour signer la pétition, c’est ici.

Liste des appels à la démission de la ministre Vidal :

  • La pétition et tribune parue dans le Monde qui a dépassé les 22 000 signatures individuelles et qu’il faut encore signer et faire signer !
  • La pétition initiée par l’ANCMSP, que nous avons co-signée avec d’autres organisations, ouverte également aux signatures individuelles :
    • les associations professionnelles ANCMSP (Association nationale des candidat·e·s aux métiers de la science politique), ASES Association des Sociologues Enseignant.e.s du Supérieur, Association des enseignant·es-chercheur·ses en science politique (AECSP), Confédération des Jeunes Chercheurs (CJC)
    • Les collectifs : CDNT Collectif des non-titulaires de Lyon 2, DICENSUS, EFiGiES Association de jeunes chercheur-euse-s en Études Féministes, Genre et Sexualités, FASOPO (Fonds d’Analyse des Sociétés Politiques), Les Jaseuses, Réseau de jeunes chercheur-euse-s travaillant sur des corpus féminins, féministes et queer, Noria Research, Université Ouverte
    • Les groupes de recherche GIS études africaines en France, Unité de Recherches Migrations et Société (URMIS)
    • Les syndicats L’Alternative, Solidaires étudiant-e-s/syndicat de luttes, SUD Education, Sud Recherche EPST
  • Les syndicats SNCS et SNESUP de la FSU, Ferc-sup de la CGT, SUD Recherche et SUD Education et l’intersyndicale de l’ESR.
  • La Commission Permanente du Conseil National des Universités (CP-CNU)

D’autres textes, sans appeler explicitement à la démission de Frédérique Vidal, expliquent qu’il est n’est plus possible de travailler avec elle :

  • Communiqué de presse de la CEPED (Conférence Permanente des chargé·es de mission Égalité, Diversité ou mission assimilée des établissements d’enseignement supérieur et de recherche) du 24 février 2021, qui explique que « les engagements de la ministre ne sont pas suivis d’effets et l’histoire de leur annonce est réécrite par le ministère, comme pour les effacer de notre mémoire » et que « le manque de soutien et de moyens sont les principaux facteurs justifiant la difficulté des chargé·es de mission égalité–diversité. » En conséquence, « la CPED ne transmettra plus au Ministère, comme elle en avait l’habitude, les actions des établissements d’enseignement supérieur et de recherche autour des problématiques d’égalité femmes-hommes et de lutte contre les discriminations. »
  • Les conseils d’administration (CA) des universités Bordeaux Montaigne ou de Lyon 2 condamnent les propos de la ministre.

Frédérique Vidal doit donc partir !
Voici pourquoi : petite liste non-exhaustive de ses dernières casseroles.

1. Les contradictions

Pour Vidal, « l’islamo-gauchisme » n’existait pas en octobre 2020 ; elle le voit partout en février 2021. Duplicité dans le discours ? Dans les expériences scientifiques aussi, apparemment :

2. L’affaire des duplications de bandes de gel

Grâce au carnet Academia qui a retranscrit et traduit le billet de Leonid Schneider nous avons accès aux suspicions de fraude qui pèsent sur les travaux de Frédérique Vidal.

« La fraude repose, selon l’article, sur des dispositifs élaborés. Pour étayer leurs résultats, les autrices et les auteurs ont réemployé des clichés, plus ou moins éclaircis par logiciel, comme preuves distinctes. Après avoir publié un premier article sur un cas de fraude dans un article publié 2001 dans le Journal of Cell Science, l’auteur a poursuivi son enquête à propos de deux nouveaux articles et établit la preuve du réemploi du même matériel pour illustrer des processus cellulaires différents, sans le préciser. On apprend par ailleurs, après investigation auprès de l’équipe, que les archives de laboratoire, sous la responsabilité de Frédérique Vidal, sont illisibles ou, dans le cas du carnet de laboratoire, ont carrément disparu ! »

3. Mandarinat et recrutement local, publié par le Canard enchaîné

Canard enchaîné du 23 mai 2018

4. Les poursuites qui se finissent en douche froide

Comme l’explique Gilles d’Hallouaran, Frédérique Vidal a tout fait pour voir sanctionnés deux universitaires nantais mobilisés pour le retrait du dispositif de sélection « ParcourSup » et de la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants (ORE) adoptée le 8 mars 2018. Or, le 11 février dernier, le conseil de discipline national des enseignants-chercheurs vient d’infliger en appel un camouflet à Frédérique Vidal et à l’ancien président de l’Université de Nantes.

5. La porte ouverte à l’alt-right – qu’il est préférable d’appeler « extrême-droite », ou « droite suprémaciste »

La privatisation de l’université et de la recherche publiques, les mesures racistes et xénophobes, les discours qui font la part belle aux idées d’extrême-droite et aux « raisonnements complotistes » : on peut dire que Frédérique Vidal a un agenda politique clair, qui n’est favorable ni au service public de l’ESR, ni au travail scientifique, mais qui prépare le terrain pour les thématiques fascistoïdes des extrêmes-droites contemporaines.

C’est ce que montre parfaitement David Chavalarias, dans son article du 21 février intitulé « Islamogauchisme : Le piège de l’Alt-right se referme sur la Macronie », en s’appuyant sur une analyse des échanges sur Twitter.

« En résumé, la première étape pour ancrer l’idéologie alt-right et arriver à saboter une démocratie est de concrétiser dans l’imaginaire collectif la représentation d’un ennemi de l’intérieur qui pilote nos élites et fait alliance avec des ennemis de l’extérieur (non-blancs). La notion d’« islamo-gauchisme » est en cela une trouvaille géniale qui véhicule en quelques lettres cette idée maîtresse. En France, l’alt-right n’aurait pu rêver mieux que l’intervention récente de la Ministre : l’« islamo-gauchisme » pourrait être en train de corrompre les têtes pensantes de nos Universités ; propos amplifié par le Ministre de l’Éducation Nationale qui le voit “« comme un fait social indubitable ». La polémique nationale que cela a suscité est un service rendu inestimable. »

Avec Frédérique Vidal, la destruction du service public et les discours fascistoïdes font bon ménage. Elle fait peser sur la recherche et sur les libertés académiques de graves menaces, qui sont celles que nos collègues de Turquie, de Hongrie, de Russie ou de Pologne connaissent hélas déjà trop bien. C’est ce que dénoncent nombre de collègues, comme Pinar Selek ou Alain Blum et Juliette Cadiot.

6. Son mépris pour les deux chercheur·ses détenu·es en Iran

Comme l’explique parfaitement Jean-François Bayart, ce mépris est indéniable :

« Le 5 juin 2019 deux chercheurs français ont été arrêtés en Iran de manière arbitraire et réduits au statut de monnaie d’échange. Roland Marchal a été troqué contre un membre des Gardiens de la Révolution, le 20 mars 2020. Fariba Adelkhah, elle, est toujours retenue contre son gré en Iran, assignée à résidence et sous contrôle d’un bracelet électronique. Alors que le comité de soutien à ces deux prisonniers scientifiques a été reçu à l’Élysée et au ministère des Affaires étrangères, il n’a jamais enregistré le moindre signe d’empathie de la part de la ministre ou de son cabinet. Interrogée par des parlementaires ou des journalistes, celle-ci a toujours botté en touche, comme si le problème ne la concernait pas. Elle n’a pas non plus rencontré Roland Marchal à son retour en France. Voilà qui en dit long. »

7. En 2021, toujours moins de postes d’enseignant·es-chercheur·ses ouverts…

Ça se passe de commentaires, hélas.

Si vous voyez d’autres casseroles, signalez-nous les !

Bonus

Faites un tour à la revue de presse très complète d’Academia !

Image en une : élaboration d’Université Ouverte à partir d’un détail d’une photographie de Vincent Ferrari.

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