Dernière étape significative du processus législatif pour la LPPR/LPR, la commission mixte paritaire s’est achevée hier, lundi 9 novembre, sur le pire des textes, et pire encore.

Certes, l’amendement 234, celui qui asservissait les libertés académiques aux « valeurs de la République », a été redéfini pour être neutralisé. En revanche, l’amendement 147 (dit du « délit d’entrave ») a été encore aggravé, transformant la LPPR, loi de précarisation et de privatisation, en un cauchemar qui dépasse l’imagination : tout délit d’entrave est désormais passible de 1 an de prison et de 7 500€ d’amendes, et s’il est commis en réunion, de 3 ans de prison et de 45 000€ d’amendes. Pour rappel, ce « délit d’entrave », c’est le fait « de troubler la tranquillité ou le bon ordre de l’établissement ». Occupation, blocage, assemblée générale non-autorisée, protestation contre la tenue d’un événement jugé problématique, mobilisation active contre les violences racistes ou sexuelles perpétrées au sein d’un établissement, etc. : tout cela « trouble la tranquillité », tout cela est donc maintenant passible de prison.

Cette prétendue « loi recherche » est donc une loi de précarisation, de privatisation et de criminalisation, qui entend nous faire passer de l’université au pénitencier.

C’est la fin des franchises universitaires, consubstantielles à l’université depuis ses origines. Est-ce la fin de l’université comme espace ouvert, garantissant la production collective et la diffusion des connaissances, fonctionnant comme un organe démocratique vital ? Est-ce la fin des mouvements sociaux étudiants que nous connaissons, privés d’une bonne partie de leur répertoire d’action ? La réponse dépend de nous, de la puissance de nos collectifs.

Chez Université Ouverte, nous ne parvenons même pas à compter le nombre d’années cumulées que nous aurions, nous tou·tes, passées en prison – d’autant plus que, paraît-il, nous agissons en bande organisée. Notre lutte pour une université ouverte aurait clairement commencé (ou fini ?) en taule. Nous n’aurions peut-être réalisé ni cette action d’interpellation de Frédérique Vidal, ni cette inauguration populaire, ni ce rassemblement, etc. Vous l’avez compris : c’est une bonne partie de nos modes d’actions qui tombe désormais sous le coup de la loi. Si on ajoute à la LPR l’interdiction de diffuser des images de policièr·es (présente dans la proposition de loi dite « de sécurité globale ») vous n’auriez jamais vu cette vidéo.

Assurément, il sera désormais plus difficile encore pour les plus précaires, pour les plus dominé·es et exploité·es (nous pensons notamment à nos camarades n’ayant pas une nationalité européenne) de se mobiliser pour défendre leurs droits, leurs conditions d’étude, de travail et de vie. Tou·tes, nous devons faire bloc et être là pour elles et eux.

Game over, donc ? Certainement pas !

D’une part, nous comptons bien faire tomber cet amendement qui criminalise le mouvement social. D’autre part, quoi qu’il arrive, nous n’arrêterons pas de lutter !

Appels et initiatives

(Ce billet sera actualisé au fur et à mesure dans la semaine, merci de nous signaler des oublis, à l’adresse universiteouverte[at]protonmail[point]com)

  • Les collègues et camarades de Strasbourg appellent également à faire grève aux côtés du primaire et du secondaire. L’intersyndicale de l’ESR nationale nous soutient !

La lutte pour une recherche et une université publiques, ouvertes et émancipatrices continue !

Illustration : photogramme tiré de The Pilgrim, un des trois courts-métrages composant The Chaplin Revue (1959, Charlie Chaplin).

5 commentaires sur « L’université en taule »

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