Un rapport sur « Bienvenue en France » a été remis à la ministre Vidal le 18 février 2019. Une nouvelle étape dans la stratégie de communication visant à faire accepter, pas à pas, la hausse généralisée des frais d’inscription et la marchandisation de l’université.

La mission de concertation lancée par la ministre Vidal le 8 janvier 2019 avait tout du piège, dans la droite ligne d’un plan intitulé « Bienvenue en France » bien qu’il prévoit d’augmenter drastiquement les frais pour les étudiant·es étranger·es. En effet, alors que ce plan soulève la totalité de la communauté universitaire contre lui en raison de cette hausse des frais… elle « n’a pas vocation à être remise en cause dans son principe comme dans son calendrier » par la concertation.

Les cinq personnalités missionnées ont donc accepté, en toute connaissance de cause, d’auditionner des chef·fes d’établissement, des diplomates, des syndicalistes et des universitaires et de faire des recommandations pour améliorer l’acceptabilité de la hausse. Oui vous avez bien lu : il ne s’agit pas de savoir si augmenter les frais pour les étranger·es est efficace, juste, rationnel, rentable (puisque ce n’est pas le cas) mais bien de le rendre acceptable.

Le rapport est disponible ici. Il est aussi contradictoire que la mission qui l’a commandé. Le rapport commence en effet par rappeler à juste titre les nombreux arguments contre la hausse des frais d’inscription pour les étudiant·es étranger·es (p. 9-10). Il indique aussi qu’augmenter les frais pour une catégorie d’étudiant·es, c’est lancer un mécanisme de hausse généralisée, comme le montre les exemples à l’étranger. Il faudrait donc conclure que cette hausse des frais doit être abandonnée. Mais ça, c’est interdit, donc le rapport ne le dit pas.

La principale recommandation du rapport concernant les frais est d’en exclure les doctorant·es. Il y a en effet beaucoup de très bonnes raisons de ne pas augmenter les frais pour les doctorant·es étranger·es. Néanmoins, dans la logique du rapport, la raison qui l’emporte, c’est que cela faciliterait l’acceptabilité de la hausse pour les autres étudiant·es ! Quitte à être totalement incohérent une fois de plus.

En effet, la plupart des arguments contre la hausse s’applique à toutes les catégories d’étudiant·es. Mais admettons un instant qu’on ne veuille protéger que les dotorant·es. Comment faire, alors que le rapport lui-même indique que 50% de ces doctorant·es étranger·es sont arrivé·es… pour le master ? Il faudrait donc également annuler la hausse en master. Mais ça, c’est interdit, donc le rapport ne le dit pas.

Enfin le rapport se penche très en détail sur la question des exonérations, cette possibilité laissée aux président·es d’université de compenser la hausse des frais pour les étudiant·es avec les fonds de leur établissement. Aujourd’hui, il y a un plafond pour les exonérations, fixé à 10% des étudiant·es de l’établissement (sans compter les boursier·es). Le rapport montre que plusieurs universités dépasseraient cette limite dès la prochaine rentrée, et que la grande majorité des autres la dépasserait au bout de 3 ans (p. 25-27). Le rapport propose donc de relever la limite. Hausser les frais pour ensuite exonérer tou·tes les étudiant·es ? Ne serait-ce pas plus simple de proposer l’annulation de hausse ? Mais ça, c’est interdit, donc le rapport ne le dit pas.

Donner aux universités la capacité d’exonération pour tous les étudiant·es concerné·es ne signifie pas que toutes les universités les exonèreront. Surtout pas dans un contexte où les universités manquent cruellement de moyens, où plusieurs d’entre elles sont mises sous-tutelles pour déficit récurent, où le nombre d’étudiant·es français·es augmente de 50 000 par an sans que les financements publics ne suivent. C’est d’ailleurs comme ça que Macron justifie la hausse des frais !

Permettre les exonérations, c’est rendre acceptable la dynamique de hausse des frais, qui ne s’arrêtera pas aux étudiant·es étranger·es ni à 4 000€. Mais c’est aussi lancer les mécanismes de polarisation entre des établissements payants – ceux qui sont déjà très attractifs pour les publics les plus favorisés – et les autres. C’est aussi renforcer les disciplines rentables (médecine, droit, gestion, communication,…) au détriment des autres, celles qui n’attirent pas d’étudiant·es capables de s’endetter. La hausse des frais, même avec des exonérations, c’est donc la mise en œuvre de la marchandisation de l’enseignement supérieur.

Pourtant, d’autres propositions sont possibles (à écouter ici), pour une réelle attractivité des universités françaises, en coopération avec les établissements étrangers, dans l’esprit ouvert, gratuit et émancipateur du monde universitaire.

3 commentaires sur « Que retenir du rapport de la concertation sur « Bienvenue en France » ? »

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