Dimanche 24 février la ministre Frédérique Vidal a annoncé, dans une interview accordée au Journal du Dimanche, qu’elle ne souhaitait plus, désormais, que les doctorant·es soient concerné·es par la hausse des frais de scolarité qui touchera les étudiant·es extra-communautaires. Elle évoque également un décret, qui serait signé à la fin mars et viserait à garantir qu’à l’avenir, pour les étudiant·es français·es et européen·nes, les droits d’inscription ne pourraient pas augmenter plus que l’inflation.
Nous répondons : ceci relève du recul stratégique et de l’enfumage.

Avant toute chose, rappelons notre position : nous sommes opposé·es à toute forme de marchandisation de l’enseignement supérieur et à toute barrière mise à l’entrée de l’université. Nous restons donc fondamentalement opposé·es à cette mesure. Elle constitue un précédent inacceptable et, si ce n’est pas le premier, c’est un pas décisif vers la destruction d’un bien public, pilier de notre démocratie.
Faisons un sort au décret : s’il existe un jour, il ne sera en rien une garantie. Un décret est défait par le suivant, aussi simplement qu’une promesse ministérielle est oubliée.

Ensuite, il faut bien souligner que l’annonce n’a rien d’une surprise. Ce mouvement en arrière fait en effet partie des recommandations du rapport issu de la parodie de concertation organisée par le ministère.
Pourquoi donc ce recul ?

En aucun cas il ne s’agit de sérieusement régler les problèmes causés par la mesure. Plus de 50% des doctorant·es extra-communautaires ont d’abord réalisé un master en France, ces deux formations à la recherche se construisant généralement en continuité l’une de l’autre. Puisque les étudiant·es de master devront toujours s’acquitter de 3770 euros, il est donc certain que l’hémorragie causée par cette mesure dans les effectifs des équipes de recherche aura bien lieu : au mieux sera-t-elle différée.

Alors quoi ?
Frédérique Vidal est parvenue, dès la fin du mois de novembre, à un tour de force : unir la quasi-totalité des universitaires contre elle. Ce recul stratégique a donc pour fonction de calmer les directeurs·trices de recherche et de laboratoire, afin de diminuer les effectifs de la mobilisation et de créer une faille au sein du collectif des enseignant·es chercheur·ses.
Ensuite, ce sera aussi un élément instrumentalisé dans les discussions avec les doctorant·es mobilisé·es, qui réclament depuis des années que leur travail de recherche soit décemment rémunéré et que l’obligation de payer des « frais de scolarité » à leur employeur disparaisse. Frédérique Vidal ne manquera pas de souligner combien elle a été conciliante avec certain·es, pour justifier l’absence d’avancée générale sur les conditions de travail des doctorant·es.

Cette stratégie de communication a été pensée dès la campagne de 2017, comme l’attestent les échanges révélés par les Macron Leaks. Ainsi, on peut lire dans un échange qui porte sur l’augmentation des « frais d’inscription des étudiants internationaux hors UE » qu’il est nécessaire de « bien préciser que cela ne touche pas les doctorants ».

Décevons notre ministre : restons uni·es dans la mobilisation et garantissons un libre accès à l’université à tou·tes.

Un commentaire sur « Le recul stratégique de Frédérique Vidal »

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