Communiqué de l’Assemblée générale des précaires de l’ESR d’Ile-de-France au sujet de la rentrée 2020/2021 

« Rien ne vous oblige à donner vos TD si vous en considérez ses conditions inacceptables, étant donné  la forte proportion de doctorants à demander chaque année une charge de cours »,
un collègue titulaire que nous ne nommerons pas.

À en croire notre ministre et nos président·es d’université, la rentrée 2020/2021 et l’adaptation des universités aux consignes sanitaires se dérouleraient avec ordre, souplesse et innovation technologique, un peu comme dans un monde enchanté. Ces discours pourraient presque nous conduire à oublier l’essentiel : plus que jamais avec la crise sanitaire, le fonctionnement de l’Université repose sur les travailleur·ses précaires.

La pluie de mails qui s’abat sur nous et qui nous « incite » à utiliser telle ou telle e-plateforme de cours en ligne est d’ailleurs révélatrice d’un profond décalage entre l’utopie mercantile d’un enseignement dématérialisé et la réalité de nos conditions de travail. Car si le confinement nous a bien appris une chose, c’est que pour pouvoir suivre ou assurer un cours en ligne, il faut au minimum disposer d’une bonne connexion internet, d’un matériel adapté, ainsi que d’un endroit où l’on peut travailler. La précarité tout autant produite qu’ignorée par le système, celle des travailleur·ses non-titulaires et celle des étudiant·es, celle que nous ne cessons de rappeler, empêche, ô surprise, que ces conditions soient réunies. Mais qu’un tiers des effectifs ne soit pas en mesure de suivre les cours à distance, que les frais d’équipements soient à la charge des non-titulaires et des étudiant·es, tout cela semble normal. La fracture numérique, la précarité (pour ne pas dire pauvreté) visiblement n’existent pas. 

Dans cette mer de difficultés, on voit ici et là des non-titulaires s’atteler à écoper le navire pour qu’il ne coule pas, à constituer des groupes d’entraide et de pédagogie à distance (tandis que des titulaires se réservent les cours en présentiel). Et de temps en temps, entre deux communiqués provocateurs appelant à la responsabilité individuelle, on peut voir passer un remerciement général à l’adresse des travailleur·ses de l’université. 

Les présidences et les membres du ministère peuvent applaudir à leurs fenêtres, mais qu’est-ce qu’on donne concrètement ?
– La crise sanitaire exigeait que l’Université soit capable d’accueillir dans ses cours des groupes réduits. Des postes de titulaires ont-ils été ouverts pour assurer un enseignement dans ces conditions, et combler au passage le gouffre dans lequel ont disparu un nombre délirant de postes ces dernières décennies ?
– Tous ces cours à distance demandent plus de travail. Les charges de cours ont-elle été revalorisées, les heures de conception des cours à distance sont-elles rémunérées ? 
– Les heures de formation à l’enseignement à distance sont-elles rémunérées ? 
– Les universités vont-elles se décider à mettre du matériel informatique et de connexion à disposition des étudiant·es et des enseignant·es, et ce à la (vraie) hauteur des besoins ? 
– Des chantiers de construction de nouvelles universités, nécessaires pour accueillir dignement les étudiant·es, ont-ils été lancés ?

Bien entendu, ces questions, dans le contexte actuel, ne peuvent être que rhétoriques. Une fois encore, l’enseignement supérieur public repose sur le bénévolat des non-titulaires, sur leur exploitation, mise sur leur « démerdentiel » et leur peur de ne pas être reconduit·es. 

Non, l’université n’est pas capable, au vu des moyens qu’on lui accorde actuellement, de faire face à la crise sanitaire, et sombre dans une crise sans précédent, d’abord au préjudice des précaires, étudiant·es et travailleur·ses. Rien de ce qu’il s’y passe actuellement n’est normal. Nous n’en pouvons plus des discours niant purement et simplement la situation de précarité des personnels et des étudiant·es et ignorants de la fracture numérique. Personne n’est dupe. Nous encourageons à ce titre également les titulaires à arrêter de se rendre complice du sort réservé à leurs collègues précaires. 

Nos formations et nos cours à distance sont, dans une trop large mesure, payées par le chômage, les petits boulots, et ne tiennent qu’à la bonne prise de nos anti-dépresseurs. À force d’arrogance et de mépris, l’Université pourrait bientôt connaître son moment Potemkine…

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