Le ministre de l’Enseignement supérieure et de la recherche (et de l’espace !) Philippe Bastiste a publié le décret n° 2026-385 du 19 mai 2026 relatif aux modalités d’exonération des droits d’inscription des étudiants étrangers. En substance, le décret est une réponse aux modalités de résistance à Bienvenue en France 1.0 : dans leur grande majorité, les présidences d’université et leurs conseils d’administration ont contourné la hausse des droits d’inscription pour les étudiant·es étrang·ères non européen·nes (les droits différenciés à ) en exonérant massivement tou·tes les étudiant·es concerné·es. Le ministère a calculé qu’à l’échelle nationale, 90% des étudiant·es qui devraient payer ces droits différenciés sont exonérés.

Héritage de la mobilisation des carrés rouges en 2018-2019, ces exonérations étaient possibles parce que depuis toujours les universités peuvent exonérer jusqu’à 10% de leurs étudiant·es, ce taux étant calculé sur l’ensemble des inscrit·es dans l’établissement, sauf celles et ceux qui n’ont pas de droits à payer : les boursi·ères. Compliqué ? Prenons un exemple. A l’Université Imaginaire, il y 18 000 étudiant·es, dont 8 000 boursi·ères. Il n’y a donc que 10 000 étudiant·es concerné·es par les droits d’inscription. L’Université Imaginaire peut donc en exonérer 10%, c’est-à-dire 1 000. Depuis Bienvenue en France 1.0, comme la majorité des universités (mais pas Strasbourg ou Paris 1), l’Université Imaginaire exonère en priorité ses 900 étudiant·es étrang·ères non européen·nes, qui devraient payer les droits différenciés : 2 885€ en Licence, 3 941€ en Master. Elle les exonère partiellement, c’est-à-dire qu’elle ramène ces droits d’inscription au même niveau que pour les français·es et européen·nes : 178€ en Licence, 254€ en Master. Il reste encore 100 exonérations possibles pour des étudiant·es de toutes nationalités qui auraient du mal à payer les droits de base du fait d’une situation financière précaire mais non prise en compte par le CROUS : on peut être pauvre sans être boursi·ère.

Le décret du 19 mai 2026 divise en deux la population étudiante de chaque université, sur la base de la nationalité. C’est pour cette raison qu’il est xénophobe : il catégorise les étudiant·es parce qu’étrang·ères et leur réduit l’accès à la possibilité d’être exonéré·es. Avec ce décret, il faut calculer le taux d’exonération sur chaque catégorie, séparément. Face aux réactions, le ministre a prévu une phase de transition et a remonté le taux à 20%. Ainsi (après la transition), l’Université Imaginaire qui a toujours 8 000 boursi·ères, 900 étudiant·es étrang·ères non européen·nes et 9 1000 étudiant·es français·es ou europén·nes ne pourra exonérer que 20% des 900 étudiant·es concerné·es par les frais différencié·es, c’est-à-dire 180. Ce sont bien 720 étudiant·es étrang·ères qui devront payer 2 885€ en Licence, 3 941€ en Master.

De plus, ce décret force les universités à organiser administrativement une gestion financière – ou pourrait même dire commerciale – des étudiant·es individualisé, au cas par cas. Alors qu’avec les exonérations massives, il n’était pas nécessaire d’étudier chaque dossier, il faudra maintenant dégager du temps et des moyens pour identifier qui exonérer et qui faire payer au maximum. C’est une des raisons de la nouvelle opposition des présidences d’université : la crise budgétaire est telle qu’ils n’ont pas les moyens d’organiser ce « service de facturation ». Une fois mis en place, il sera beaucoup plus facile de multiplier les prétextes de hausses des droits d’inscription, pour tous types d’étudiant·es, y compris français·es. Les possibilités sont déjà très nombreuses, à commencer par les « frais modulés », c’est-à-dire qui dépendent du revenu des parents, un autre mécanisme pervers : là où « Bienvenue en France » prétend mieux accueillir les étrang·ères en les faisant plus payer, les frais modulés concentrent les moyens disponibles dans les établissements des riches, et même au sein d’un même établissement dans les filières les moins ouvertes socialement. C’est une prime à la sécession scolaire comme l’explique cette tribune parue dans Libération. Cette dynamique de hausse des droits d’inscription est déjà bien lancée, conduisant à un développement de la logique marchande dans les établissements publics mais aussi à la croissance exponentielle des établissements privés à but lucratif ces dernières années.

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