Le texte que nous reproduisons ici (avec de légères modifications) a été envoyé à une rédaction de presse début septembre par le collectif “INSA vous fait les poches”. Entre-temps, la direction de l’INSA a annoncé un changement de calendrier. Au lieu de voter l’ensemble de la réforme dès le mois prochain, il est prévu de voter dans un premier temps la liste des actions en faveur de la diversité en novembre/décembre 2021, puis dans un deuxième temps, au printemps 2022, voter les moyens de financement de ces actions. Le discours de fond reste le même avec la volonté forte de la direction d’augmenter les droits d’inscription. Le collectif y voit peut-être la stratégie de voter des actions coûtant plusieurs millions d’euros sans dire d’où viendrait l’argent de manière à ce qu’il soit plus tard obligatoire de trouver des financements supplémentaires pour ces actions. Ces financements ne viendront pas de l’État et viendront donc forcément de l’augmentation des droits d’inscription.

Nous devons hélas vous faire part d’un changement majeur prévu dans les INSA (Institut National des Sciences Appliquées), ensemble de sept écoles d’ingénieur·es publiques françaises qui forment chaque année plus de 10% des nouveaux ingénieur·es en France (c’est la plus importante formation d’ingénieur·es en France). Ces écoles sont à Lyon, Toulouse, Rennes, Rouen, Strasbourg, Blois et Valenciennes. 

Alors que les droits d’inscription sont depuis longtemps fixés 601€/an (sauf pour les boursier·es, à 0€/an), la direction a annoncé en mars 2021 son intention de les augmenter jusqu’à 2500€/an, échelonné en fonction du quotient familial des parents. Un vote est prévu au Conseil d’Administration de chaque INSA à partir de fin septembre. 

Cette volonté d’augmenter les droits d’inscription s’inscrit dans une réforme globale du modèle social INSA où cette nouvelle rentrée d’argent est présentée comme un moyen de financement de cette réforme. Le but affiché est d’augmenter la diversité sociale au sein des INSA. Cependant, de nombreux éléments nous font douter des intentions derrière cette réforme, puisque le fait d’augmenter les droits d’inscription dans les INSA, indépendamment de toute réforme sociale, n’est pas un projet récent ; et s’inscrit dans un contexte plus large d’augmentation des droits d’inscription dans tout l’ESR (enseignement supérieur et recherche).

Vous trouverez des informations à ce sujet dans les articles de notre collectif que vous pouvez trouver ici.

Pourquoi est-ce que nous pensons que le sujet mérite d’être couvert ?

  • Cette augmentation est nationale et se fait en catimini : depuis plusieurs années les écoles publiques, encouragées par leur ministère, augmentent leurs droits d’inscription une à une : en 2018 c’était les écoles Centrales (2500€) et les Mines ParisTech (3500€), en 2021 ça a failli être les Arts et Métiers (réforme repoussée en raison de la crise sanitaire), et en 2019 les écoles INP. La liste continue avec d’autres écoles comme l’IMT Lille-Douai (2150€) ou l’Ecole des Ponts ParisTech (2980€), l’ISAE (2895€), l’ENSTA Bretagne (2200€), l’ENSTA Paris (2650€), CY Tech (3500€), CentraleSupelec (3500€)… Pour toutes ces écoles, les frais étaient de 500€ en 2006.
    Les INSA, représentant 10% des ingénieur·es diplômé·es en France, basculeraient à leur tour dès la rentrée 2022.
  • Cette augmentation ne va sûrement pas s’arrêter là : cette hausse s’étend horizontalement, année après année, à l’ensemble de l’enseignement supérieur. Les programmes comme “Bienvenue en France” pour les universités (hausse des frais de scolarité de 600€ à 3700€ pour les étudiants étrangers), les politiques de RCE (Responsabilités et Compétences Élargies) et les hausses jusqu’à 3500€ des frais de scolarité dans de plus en plus d’écoles d’ingénieurs en témoignent. L’élargissement de cette hausse à de plus en plus d’écoles était déjà abordé en 2012 : pourquoi les droits d’inscription universitaires s’envolent partout, et un travail universitaire a été mené sur le sujet par le collectif ACIDES (Approches Critiques et Interdisciplinaires des Dynamiques de l’Enseignement Supérieur) qui a publié en 2015 le livre “Arrêtons les frais”. David Flacher, membre du collectif et économiste enseignant-chercheur à l’UTC en faisait l’exposé au moment de la forte mobilisation contre “Bienvenue en France” dans cette intervention : la hausse des frais universitaires pour les étrangers, une menace pour tous (10min). 
    Il est très probable que cette hausse s’étende aussi verticalement, comme le montre l’exemple de l’Angleterre où l’année peut maintenant y dépasser 10000£ et comme le montre l’exemple de Sciences Po Paris qui est passé progressivement d’un plafond de 4000€ à un plafond de 18000€ en l’espace de 15 ans avec un tarif moyen payé de 6750€ en master aujourd’hui. L’ISAE-Supaero (l’école d’ingénieur dont est issu Thomas Pesquet) est un autre exemple de continuité de la hausse en passant de 2150€ en 2018 à 2895€ en 2020. M. Raquet, président du groupe INSA, avoue lui-même par ailleurs qu’il ne peut garantir que ces frais n’augmenteront pas plus tard.
  • L’INSA est une digue importante. Les écoles INSA ont été créées par Gaston Berger dans le but d’être une formation d’ingénieur·e accessible à toutes les classes de la population. Elles sont aujourd’hui connues et reconnues comme LE groupe d’écoles aux valeurs humanistes. C’est un groupe prestigieux et avant-gardiste qui est regardé par les autres écoles. Si cette réforme venait à passer à l’INSA, ce serait un signal fort pour les autres écoles (réseaux Polytech, INP, ENI…) pour faire de même, sans risque de remise en question de l’éthique de cette réforme. Signal attendu puisque la politique de RCE impose aux écoles de trouver leurs propres moyens de financement.
  • Enfin, cette réforme, dont la seule mesure connue est le montant de la hausse des droits d’inscription, se construit avec un calendrier court et imposé

La direction parle d’un travail collectif et démocratique sur la réforme mais dans les faits les commissions de travail ne peuvent pas remettre en cause le financement de la réforme par les droits d’inscriptions, et les délais de réflexion sont extrêmement courts, empêchant les débats de fond et la création de contre-propositions (plus de détail dans cet article). Deux élu·e·s au CA de Lyon ont d’ailleurs démissionné, critiquant les méthodes généralement anti-démocratiques de la direction. La profession de foi de la nouvelle liste partielle en parle succinctement.

La seule chose connue de cette réforme est la hausse des droits d’inscription et non les actions pour améliorer la diversité alors que la diversité est censée être l’objectif de la réforme. La diversité apparaît alors comme un prétexte pour la hausse des droits d’inscription et fait écho à la note de Gary-Bobo : « Il faut bannir du vocabulaire les mots de concurrence et d’excellence, détestés par les syndicats d’enseignants et d’étudiants. Remplacer ces mots systématiquement par ouverture et diversité ».

Nous pensons donc que cette réforme en cours est d’une importance capitale dans le paysage de l’éducation supérieure et qu’un large public devrait en être alerté.

Loin de faire l’unanimité, d’autres voix s’élèvent contre cette réforme comme le montre les motions des départements Humanités de l’INSA Lyon et INSA Rouen.

Nous avons prévu une journée de mobilisation commune entre les INSA jeudi 30 septembre et nous avons proposé un débat contradictoire entre M. Raquet, président du groupe INSA et porteur de la réforme, et David Flacher, spécialiste du financement des études supérieures, proposition restée à ce jour sans réponse de la part de M. Raquet.

Vous pouvez contacter le collectif à l’adresse suivante : insavousfaitlespoches@protonmail.com

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