Le Figaro publie les éléments de langage du gouvernement pour préparer la publication de l’arrêté officialisant la hausse des frais d’inscription le 17 avril 2019.

Le titre est trompeur : il y aura bien une explosion des frais pour nombreu-ses étranger-es déjà en France.

C’est ce que nous expliquions sur Université Ouverte dès le 8 mars.

L’article 20 fixe la situation des étranger∙es déjà présent∙es en France cette année : ils et elles ne paieront pas « jusqu’à la fin de leurs études effectuées sans discontinuité ». La formulation n’est pas très claire à propos d’un changement d’université : si j’obtiens ma licence à Nancy en juin 2019 et que je m’inscris en Master à Rennes en septembre 2019, est-ce une discontinuité ?

Et si on se réoriente, de sociologie vers géographie ? Si on passe de prépa à la fac ? Si on reprend ses études après une année à travailler ? Dans toutes ses situations qui peuvent être interprétées comme des ruptures, il faudra demander une exonération à l’université d’inscription en septembre 2019, qui pourra refuser. Et beaucoup d’étudiant-es étranger-es se sauront pas que c’est possible, n’oseront pas demander ou ne sauront pas comment.

Non « Bienvenue en France  » n’est pas « un système redistributif »

C’est le deuxième mensonge dans un article de 10 lignes, répété de nombreuses fois par la ministre Vidal et le reste du gouvernement : les frais ne seront pas du tout redistribués des étudiant·es étranger·es « riches » vers les « pauvres ». Les rares bourses distribuées sont des bourses au mérite et non sur critères sociaux. Même si le gouvernement voulait faire de la redistribution (ce qui serait contraire à toute sa politique), ce serait techniquement impossible par les frais : comment prendre en compte les niveaux de vie d’étudiant·es venant d’une centaine de pays différents ? Il faudrait traduire les documents de toutes ces langues, puis prendre en compte le système fiscal de chaque pays. Sciences Po, qui a augmenté ses frais d’inscription dès 2004, ne prend en compte les critères sociaux que pour les européen·nes. C’est le travail à plein temps de 14 personnes et ça coûte presque un million d’euros, pour à peine 10 000 étudiant·es !

Par ailleurs, le mérite n’est absolument pas aveugle à l’origine sociale. La méritocratie à la française, c’est la reproduction sociale : un système élitiste qui sélectionne les enfants des dominants sans le dire (Polytechnique, HEC, Sciences Po et Dauphine ne recrutent pratiquement aucun·e étudiant·e d’origine populaire). Ces bourses ne concerneront que 4% des étudiant·es étranger·es, et on peut parier qu’on n’y trouvera que des enfants des classes supérieurs des pays d’origine. Les bourses, comme les frais d’inscription, vont au contraire renforcer la polarisation en donnant encore plus de moyens aux établissements les plus élitistes tout en aggravant la situation financière des universités les plus ouvertes, souvent déjà catastrophique.

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