Jeudi 21 mars nous sommes rassemblé·es, étudiant·es et enseignant·es chercheurs·ses, pour repenser collectivement à la fois le sens de notre engagement pour l’Université Ouverte et nos moyens d’action.

La conclusion s’est imposée sans peine : nous devons agir dès maintenant et pour longtemps, car cette lutte ne sera pas remportée en quelques semaines ; nous devons transformer notre lieu de travail collectif et occuper autant d’espaces publics que possible.

Les attaques que nous subissons, à la fois néolibérales et réactionnaires, ont des spécificités, mais elle s’intègrent parfaitement dans leur contexte, petites pièces d’un vaste puzzle. À nos côtés, c’est l’ensemble de la fonction publique qui est attaquée, au même plan que les précaires de plus en plus nombreux-ses et les minorités (qui ne sont pas minoritaires).  Au-delà, ce sont les classes populaires que l’on dépossède toujours plus, les espaces sociaux non-marchands qui sont dynamités, les solidarités qui sont proscrites – à l’exception de celles qui maintiennent la bourgeoisie dans sa position de domination.

Aujourd’hui marchent dans les rues des Gilets Jaunes pour réclamer, encore, plus de justice sociale mais aussi, désormais, pour défendre nos libertés politiques fondamentales face à l’autoritarisme brutal.

Nous nous devons de mettre nos énergies et nos savoir-faire au service de tous les secteurs en lutte. Nous gagnerons ensemble ou nous perdrons tou·tes. Notre Université Ouverte ne peut être construite dans une société assassinée par la cupidité et l’autoritarisme. Carrés Rouges, Gilets Jaunes et Verts, etc. : autant de couleurs qu’il en faudra pour redonner vie à la morne plaine macronienne. Accrochons nos carrés rouges, enfilons nos gilets et, ensemble, crions « En avant ! »

Compte-rendu de la journée de l’IHEAL par l’ANCMSP

INTRODUCTION : Les mobilisations étudiantes vues du Québec (vidéo d’Éric Martin)

Partie 1 – Analyse critique du Plan “Bienvenue en France” (45 minutes)

Bilan d’étape après la publication des arrêtés (Hugo Harari-Kermadec)

Mise en place de bourse au mérite. Mensonge et malhonnêteté, le nombre de bourse ne résente que 4% des doctorants étrangers. Bourse au mérite = sert à augmenter l’attractivité à une petite partie des étudiants favorisés. Mais évolutions dans le projet du gouvernement : recul du gouvernement sur les doctorants. Donc pendant des mois, Campus France a fait de la fake news. Autre nouvelle : les frais n’augmenteraient pas pour une partie des étudiants français et européens. Donc frais constants… jusqu’à un futur arrêté, l’an prochain. Chaque établissement peut décider de ne pas faire payer à ses étudiants les frais. Plafonnement à 10%. Mais il y a beaucoup plus de 10% d’étudiants dans certaines fac (notamment La Rochelle). Pour avoir une exonération il faudra la demander. Faire une démarche active. Les étudiants étrangers déjà présents en France seraient non sujets à la hausse à la seule conditions qu’ils continuent leur cursus en France. Mais dans quelle condition ? Même établissement ? Que se passe t-il s’il y a changement de diplôme ? Passage d’un diplôme à un autre ? Le CNESER vote rarement avec unanimité contre le gouvernement (sauf un directeur de grande école qui applique déjà des frais différenciés). Effets constatables, produits par la hausse des frais : -26% des inscriptions/candidatures à Campus France. Chute hétérogène. Certaines facs perdent leurs étudiants étrangers. Certains pays sont plus concerné (Brésil, Algérie, le plus, etc.). C’est une étape qui anticipe la hausse des frais nationaux. À Dauphine, la totalité des master ont été concernés, et les frais sont tous montés (horizontalité et verticalité).

Témoignages : Olivier Compagnon, Danae Rivadeneyra et Niandou Touré

Olivier Compagnon : 25% de doctorants étrangers, à l’IHEAL. L’objectif de passer de 300 000 à 500 000 étudiants étrangers est fallacieux. SI on reprend un des arguments assainé par la ministr (« il n’y a aucun raison qu’un étudiant étrangers paye 250 euros un cursus, qui en vaut 14 000, parce que ses parents n’ont pas contribué), et qu’on va au bout de la logique, qu’elle se diffuse à d’autres services publiques, il serait logique que des hausses aient lieu ailleurs (hôpital ? etc.) . Il s’agit de la survie du service public. Dans l’université, le tournant majeur dans les années 60, massification de l’Université et ascension sociale. Ce que « coûte » un étudiant à l’Université, il le paye par ailleurs en consommant, payant des taxes etc. On a des flux d’étudiants qui s’accélèrent. Les enfants du boom de 2000 entre à l’université aujourd’hui, on en voit les conséquences chaque jour. La première finalité de cette loi est de proposer aux universités une ressource propre supplémentaire, temporaire, pour peut-être retarder l’effondrement des universités. L’État étant obligé de payer ses fonctionnaires, il ira chercher ses ressources propres là où il le peut. Les universités, pour survivre, n’auront pas d’autre issue que d’augmenter les frais d’inscription. C’est pour bientôt. Il faut inscrire cette mobilisation dans la crise universitaire globale. Pour ranimer les mobilisations très puissante, de 2007, contre la loi LRU. Il y avait des figures marqués à droite et pourtant engagées dans le mouvement. Conjoncture pour relancer, au delà des frais d’inscription, une mobilisation pour l’Université.

Danae Rivadeneyra, étudiante péruvienne : L’Amérique latine a le plus fort tôt d’éducation privée. La privatisation de l’éducation a augmenté drastiquement ces dernières années. Absence de l’État. Encouragement des offres privées d’enseignement. Chili, pays le plus inégalitaire au monde en matière d’éducation selon l’OCDE. Entre 1990 et 2014, il y a eu un doublement de la privatisation de l’éducation. (1% de la population en 1999, 2014 30%, aujourd’hui 88%). En 1998 il y a eu un décret qui permettait la création de collèges, lycées etc. privés chez les particuliers. Affirmation que l’éducation publique était faillie. L’Université privée est très sélective. L’enseignement privé peut coûter 2000 euros par mois.

Niandou Touré, docteur en sociologie (thèse sur la « Mobilité internationale pour études et mobilité sociale : trajectoires scolaires et socioprofessionnelles des étudiants maliens dans l’enseignement supérieur en France et au Maroc ») : à propos de Campus France : les conseillers ou agences consulaires ont toute latitude pour juger du sérieux du dossier des étudiants. Dans l’analyse consulaire, il y a des considérations non académiques, comme le « risque d’installation durable dans une ville où l’étudiant projette de se rendre. »

Etudiant·es étranger·es : attirer les plus riches et, en même temps, écarter les plus pauvres (Eric Fassin)Il y a ce qu’on avait rencontré pour Parcoursup : entériner les choses avant qu’elles n’arrivent. Jouer sur l’incertitude, qui devient un mode de gouvernement important. Le plan Bienvenue en France pouvait paraître dissuasif : augmenter les frais pouvait-il faire augmenter les effectifs étudiants? L’idée que plus c’est cher plus c’est attractif n’est pas mis en œuvre dans les campagne au nom de la France à l’étranger. Contradiction forte, qui à sa logique : idée que la valeur n’est pas première : elle est la conséquence du prix. Le prix va produire la valeur. Quand on parle de ça on est dans une représentation du monde. C’est une version de l’économie. Ça a des conséquences. Politique néo-libérale. La valeur des individus se base sur le capital humain basé sur l’éducation. Bénéfice très inégalitaire de la redistribution : l’enseignement supérieur bénéficie inégalement aux contribuables. Il y a quelque chose de contradictoire dans la politique appliqué : le but est d’attirer des étudiants étrangers. Pour quoi ? C’est pas pour rapporter de l’argent. On en fait pas de bénéfice dessus, ce qui serait le cas aux États-Unis. En France, ça n’a pas de sens. On veut faire venir des étudiants en considérant que c’est une investissement pour l’avenir. Il y a une politique de la francophonie qui est un investissement pour plus tard, dans l’intérêt de la France. Contradiction de la logique revendiquée dans la francophonie, celui de dire : « on va faire venir des gens », et les dernier « débrouillez-vous pour vous financer c’est une affaire privée ». Les annonces de campus France sont très curieuses : y a t-il une baisse des candidature s ? au départ, le gouvernement parlait de 10% de baisse, la ministre Vidal parlait de « stabilité. Campus France a révisé ses chiffres à 2%. Ce qui est démenti par toutes les universités. Hypothèse : les chiffres de campus France portent sur un petit effectif seulement. CA vise à rassurer les députés, sénateurs etc. Autre info trompeuse : le PM dit que la participation demandée aux étudiants équivaudrait à 1/3 pour la formation des personnes. Chiffres fondés sur une moyenne. Biais : le étrangers ne vont pas dans toutes les formations, ils ne vont pas dans les formations les plus chers, DUT etc. Très peu d’étrangers dans les classes préparatoire. On n’est pas en train de parler de moyennes. En SHS, l’augmentation correspond exactement au coût de l’année de licence et de master. Ce sont les mêmes coûts. Les informations données sont fausses, pour faire passer la mesure. Si on s’intéresse à la Commission auditionnée, elle écrit qu’il faut trouver des moyens de faire passer la mesure. Indépendamment de toute évaluation. On s’aperçoit que plus personne ne croit en cette mesure. Quelle est la rationalité de cette mesure ? La première : moins d’étrangers. Et le résultat, c’est qu’il y aura moins de monde. C’est une politique xénophobe. A quoi sert la xénophobie ? La deuxième : à faire passer une transformation de l’économie. Extension aux européens de cette mesure. On est dans un changement radical du modèle de l’enseignement supérieur. On fait passer cette mesure avec la xénophobie, demain avec le soutien du monde universitaire en laissant entendre « on n’a pas le choix ».

Discussion générale

Partie 2 – Que voulons-nous ? Quelques propositions pour une Université Ouverte (45 minutes)

Pour une politique migratoire accueillante (Lama Kabbanji)

Comment cette politique a déjà eu des effets sur les étudiants étrangers en France ? Aujourd’hui, marché pour la conquête des « talents ». Croissance des effectifs d’étudiants étrangers entre 1971 et 2016. Effectifs des africains ont dépassé tous les autres. Dans les années 1970-80, restriction des migrations étudiantes. Mise en place d’une série de mesures. Après cette période, stagnation puis baisse des effectifs étudiants jusqu’en 1998. Cette période a été caractérisée par la loi RESEDA en 1998, aussi appelée Loi Chevènement. Traduite pour les étudiants par une facilitation de l’obtention de visa, motivation du refus de visa etc. Hausse des bourses du gouvernement française, = hausse des effectifs. Puis politique de l’immigration choisie à partir des années 2000. Création des centres d’étude en France, ancêtres de campus France. Mise en place des ces agences là qui vont grandement contribuer à la sélection des étudiants selon leur classe sociale. Rôle dans la sélection des dossiers. Puis circulaire Veillan (Veyan??). Il y a une imbrication entre désir de contrôler l’immigration et logique universitaire de contrôle des étudiants. Un des postulats derrière Bienvenue en France : les étrangers sont des profiteurs. Nous avons fait une enquête en ligne sur 1100 étudiants étrangers en France. Ils ont mentionné la valeur du diplôme français à l’international. Puis faible coût des frais de scolarité et connaissance de la langue. Les étudiants africains avancent les mêmes explications à leur venue que les autres. Ce sont les nord américains qui citent le coût des études en France comme motivation à venir en France (logique, au regard de ce que ça coûte là-bas). Il y a de nombreux facteurs qui influent sur l’immigration étudiante : liens historiques, culturels etc. Mais étudier à l’étranger à un coût qui ne peut se limiter aux frais d’inscription. Si on doit réfléchir à un autre discours sur le plan Bienvenue en France, on doit différencier les logiques sécuritaires, étudiantes etc. L’objectif du gouvernement est d’investir en Chine, d’investir dans les pays émergent, de faire venir leurs étudiants. Vision utilitariste de ce plan. Il faut que l’université ne soit plus dépendante des autorités consulaires qui ont acquis un rôle exorbitant. L’État n’a pas cessé d’investir dans le contrôle des migrations, via notamment Frontex, si cet argent était mis dans l’accueil des étudiants, il ne serait pas nécessaire d’augmenter les frais d’inscription. Remettre au centre le rôle de l’éducation, universaliste pour tous, c’est pouvoir établir des relations pérennes avec des universités étrangères. Là, on exploite juste autrement les ressources de l’Afrique, par l’argent.

Comment financer l’université ? (Hugo Harari-Kermadec et David Flacher)

Nous proposons un énorme investissement public dans l’accueil des étudiants étrangers. On prend le modèle de discussion sur les retraites, par capitalisation ou répartition. On analyse la hausse des frais par capitalisation négative, par endettement. On dit : faisons le par répartition. AU lieu d’avoir un schéma individuel, on veut un schéma collectif. Un plan qui donne aux étudiants des moyens de vivre, sans travailler, pour étudier : allocation sociale d’autonomie. Les actifs contribuent à la redistribution. Idée qui date de la seconde guerre mondiale : quand on n’a pas les moyens de travailler, c’est le reste de la société qui comble ce manque. On cherchait un modèle. Emmanuel Macron a été étudiant, il touchait 1000 euros par mois. C’est notre modèle. On propose de payer tous les mois à tous les étudiants ce montant, 26 milliards d’euros. 1*% de l’économie française. On propose de le financer en augmentant les cotisations sociales. Branche « famille » qui finance les APL etc. À augmenter de 3 points. Il faudra augmenter les cotisations patronale de 5,4 à 8,5%. Pas totalement injustifié, puisque les entreprises bénéficient de la formation étudiante.

La valeur de la gratuité (Denis Merklen)

C’est un groupe de comptables qui a pris le pouvoir au gouvernement. La question de faire payer des étrangers non européens est productrice d’inégalités. NE introduisant l’argent comme critère de sélection, ceux qui ne sont pas sont directement visés. Le gouvernement montre là un modèle de civilisation. Mesure de sa valeur. La création d’un ensemble d’institutions gratuites. L’université doit prétendre à l’universalité, c’est pourquoi elle se refuse de faire payer. Elle ne demande pas quelle est la nationalité, religion etc. C’est à ce prix que l’université acquiert toute sa valeur. Nous refusons une université qui érige des différences entre origines sociale, nationale, etc… C’est à ce prix qu’elle demeure un espace de passage vers la vie adulte. C’est autrement que sur les valeurs de l’argent que nous débattons de nos objets de recherche, de nos cours. C’est pourquoi nous nous opposons à une modulation des salaires des enseignants suivant les retombées économique et productives de leurs recherches. L’Université a besoin d’argent, par ceux qui veulent que la seule comptabilité gouverne. Nous avons besoin d’argent pour maintenir la valeur de la gratuité. L’espace de l’université libre et gratuit est la condition même d’une forme du savoir, qui contribue à la formation de technicien, certes, mais aussi capable de faire évoluer dans l’autonomie, parce qu’elle est extérieure à la valeur de l’argent. Benchmark : les classes préparatoires qui sont bien mieux financées que les universités. On demande 5 milliards pour l’université. Ça changerait complètement le paysage universitaire

Discussion générale

Partie 3 – Penser les mobilisations : bilans et propositions pour la suite

Bilan des mobilisations étudiantes en France (montage vidéo et présentation d’étudiant·es mobilisé·es)

Les racines sociales et politiques du pouvoir macronien (Stefano Palombarini)

Si on veut situer la question de l’université, il faut prendre du recul. À l’intérieur de chaque bloc politique… (NDLR : je fais une pause). Comment la lutte contre la hausse des frais à l’Université peut s’insérer dans l’actuel ? Il faut trouver des alliances dans l’opposition à Macron. La défense du modèle social français.

La mobilisation vue de Nancy, de Rennes et d’autres campus français

Une étudiante à l’IHEAL en master 2, membre des carrés rouges fait un bilan rapide de la mobilisation. 3 temps du mouvement :

– naissance du mouvement des carrés rouges : après la déclaration du gouvernement Philippe, mobilisations en novembre et décembre-janvier. AG qui se multipliaient à Nantes, Nancy, Paris, etc.

– janvier –février. Effet boule de neige dans les universités, positionnement contre la hausse des frais. 23 universités. Le mouvement des carrés rouges a commencé à se joindre aux gilets jaunes.

– Passage à des actions directes. Car perte du rythme et du monde dans le mouvement. Dans certaines universités, passage à la grève de la faim à Nantes, interpellation (pas par la police) de Frédérique Vidal. Action Carré rouge à Pompidou. Réunion à Paris chaque semaine dans un comit » interfac. Pour voir quelles actions peuvent être menées. Comment rendre la mobilisation attractive ?

Étudiante québécoise, qui a connu la grève des carrés rouges il y a 6 ans. Au Québec, les étudiants ont légalement le droit de le faire. Cela engage des négociations. On occupait les lieux des institutions qu’on avait mises en grève. CEGEP : les étudiants avaient été chassés par les étudiants qui occupaient les locaux. Grande créativité. Action de visibilité : drops de bannière, marche funèbre, manifestations ludiques, manif nues. Grosse visibilité. Défoncer les portes du rectorat, saccager le bureau du ministre et y commander des pizzas. Loi 78, qui ressemble à la loi anticasseurs, avec autodafé du texte de loi dans la rue. « manif-action », les gens découvrent au dernier instant ce que va être l’action . Permettait de garder les plus compliquées secrètes. Blocages de ponts, ports, d’un tournoi de course automobile, aéroports. Perturbation du parti des Libéraux à l’origine de l’augmentation des frais d’inscription. Répression avec des LBD. Barricades. Grosses journées d’action nationale, coordination des actions nationale.

Propositions de l’ANCMSP et de la CJC

On va commencer par une citation de Pierre Bourdieu, qui disait à propos des philosophes : « S’il y a une chose que nos philosophes (…) ont en commun, par delà les conflits qui les opposent, c’est cet excès de confiance dans les pouvoirs du discours. »

Comme en SHS on est tou·te·s un peu des philosophes, ou qu’on appartient à des disciplines qui en sont issues historiquement, il faut prendre cet avertissement pour nous tou·te·s. Le langage c’est les armes de nos batailles académiques, et les mots sont importants, mais dans le monde réel et le contexte actuel ce sont des armes largement inopérantes.

Donc « penser les mobilisations » comme y invite le plan de la soirée, c’est bien, mais pour nous maintenant il faut construire des mobilisations.

De manière générale, le choix d’une stratégie dépend du contexte et des forces en présence.

Nous faisons le constat que la situation actuelle est très simple, qu’on est face à un gouvernement qui se moque du jeu politique ordinaire et de la menace d’une alternance gauche/droite, et qui a une stratégie de rouleau compresseur, et qui ne veut rien discuter. On a essayé, en faisant du lobbying classique, des RDV au ministère, des tribunes, etc., ils n’en ont rien à faire. On le voit bien aussi la réponse du gouvernement aux manifestations du samedi pour le pouvoir d’achat et les services publics : des blindés, du LBD40, et la promesse de toujours plus de violence. Donc pour nous le constat est clair : ces gens sont des brutes. Austin parlait de « quand dire c’est faire », mais pour nous, dans un tel contexte et sans doute du point de vue du gouvernement, « dire » ça revient à ne rien faire.

Quelles stratégies et modes d’action avons-nous à opposer ?

On voit 2 types de modes d’action, et de stratégies :

– La stratégie de conviction de l’opinion publique, pour faire pression sur le champ politique, avoir les parlementaires comme relais, les futures élections comme moyen de pression. Concrètement, dans l’ESR, en se plaçant exclusivement du côté des personnels, ça se traduit en des textes publics, des rassemblements, des grèves pédagogiques, etc. On voit bien que ça ne marche pas, ou alors seulement à la marge, et que cela ne suffit pas à menacer les projets du gouvernement.

– La stratégie de blocage de l’économie et des flux, dans notre cas de l’économie et des flux de diplômes. Cela peut être à même de faire reculer le gouvernement, ou encore mieux d’obtenir des avancées.

Donc pour nous, les tribunes, les motions, les pétitions, les rassemblements ou les manifestations, ça ne marche pas. Il faut en prendre acte. Les textes c’est bien, mais personne à part nous ne les lit, et même pas toujours nos collègues. Les manifestations, presque plus personne n’y va, parce que presque plus personne n’y croit.

Nuance : Enfin cela ne sert pas à rien, c’est important pour commencer à construire des mobilisations, mais il faut aller plus loin. Ces modes d’action ne doivent pas être exclusifs d’autres formes, qui renvoient davantage à la cessation du travail, à l’arrêt du fonctionnement routinier de nos institutions, bref à la grève.

Comment pouvons-nous faire à notre échelle pour être efficaces ?

En tant que jeunes chercheur·e·s, c’est à dire doctorant·e·s et docteur·e·s sans poste fixe, on croit dans la rétention des notes coordonnée nationalement comme mode d’action. Cela pourrait permettre d’enrayer le fonctionnement routinier de l’université, de bloquer les flux de délivrance des diplômes, en bref instaurer un réel rapport de force à l’échelle au sein de notre institution, et provoquer ainsi des nuisances qui permettraient de se faire entendre. Cela avec mot d’ordre clair : université ouverte, et des moyens pour le service public. Pour cela il n’y a pas besoin de tout le monde, mais principalement de solidarité et de protection pour celles et ceux qui la font – et le soutien des EC sur ce plan peut être crucial –, peu coûteux.

D’autres modes d’action s’en approchent : non délivrance des diplômes; grève des examens; et plus largement grève des tâches administratives qui nécessiteraient pour être mises en application la participation de l’ensemble des personnels enseignants.

Il faut dédramatiser les conséquences éventuelles de tels modes d’action pour celles et ceux qui les mettent en œuvre. Trop souvent on a été timoré, mais la situation est telle, et l’obstination du gouvernement dans son projet si forte, que nous ne voyons pas d’autres possibilités si nous voulons sauver le service public universitaire, car c’est ce qui est aujourd’hui en jeu. Dans d’autres secteurs d’activité, les agents se posent moins de questions : Les cheminot·e·s se mobilisent en bloquant les flux de passagers, les routier·e·s en bloquant les flux de circulation et de carburant ; nous, nous pouvons et devons bloquer les flux de diplômes.

Il peut y avoir de la répression, mais elle varie selon le rapport de forces qui a pu être instauré en local et a fortiori en national, et selon la solidarité dont on arrive toutes et tous à faire preuve entre nous. Pour les jeunes chercheurs, la situation est de toute façon claire : les postes de permanents se font de plus en plus rares, nous ne pouvons plus supporter une pareille mise en concurrence, dans de telles conditions, pour une issue de plus en plus incertaines, et encore moins s’il s’agit d’exercer notre métier devant des étudiant·e·s qui auraient été sélectionné·e·s par l’argent.

On peut avoir affaire à des discours délégitimant du type « il ne faut pas prendre en otage les étudiant·e·s » ou les autres catégories de personnel. Mais faisons un parallèle avec les grèves dans les transports pour défendre des acquis sociaux pour toute la population, comme le droit à la retraite. La grève c’est un moment pénible pour tout le monde, mais nécessaire pour arriver à améliorer une situation ou éviter une dégradation pour tout le monde. Oui s’il y a rétention des notes ça créera des perturbations, on l’assume et c’est même l’objectif, et le prix à payer pour défendre un enseignement supérieur gratuit pour tou·te·s. La responsabilité de la hausse des frais et de ses conséquences c’est au gouvernement de l’assumer. A nous toutes et tous d’assumer également nos responsabilités pour empêcher un tel projet d’advenir.

Donc nous à l’ANCMSP on travaille à organiser, à coordonner une rétention des notes au niveau national pour les prochains partiels. À la Confédération des jeunes chercheurs (CJC), dont l’ANCMSP est membre, c’est une question qui est en discussion, mais dans tous les cas la CJC est positionnée fortement en soutien aux mobilisations contre la hausse des frais d’inscription des étudiant·e·s étranger·e·s.

Débat général en présence de représentant·es d’associations, de syndicats et de partis politiques

Juan Prosper (syndicats des avocats de France) : on a un délai de 2 mois pour attaquer le décret en Conseil d’État. D’autres vont certainement s’y adjoindre, pour faire pression sur le conseil d’État. Le SAF est juste la catalyseur. Pourquoi le faire ? Juridiquement ça a du sens. Aujourd’hui cet arrêté établit une inégalité devant le service public. Les étrangers hors UE sont traités de manière différente. C’est bancal comme écriture. Le Licence vont arrive en L2 et L3 et en Master vont payer les frais, parce qu’ils ont résidé 2 ans en France. On essaye d’élargir, d’avoir un arc au niveau des organisations. La seule contrainte, c’est qu’il faut une orga loi 1901, syndicat ; Le Conseil d’État est très sensible à la mobilisation. Ç a permis de médiatiser sur le LBD etc. Sur le point de la contestation juridique, le juge administratif doit regarder les motifs derrière le texte. « on va faire augmenter le nombre d’inscrits » : erreur manifeste d’appréciation (EMA, en terme juridique). On cherche à associer le plus de monde pour un beau recours en conseil d’État.

Proposition : qu’on prenne contacte avec des élus « de notre bord » pour poser la question directement à Frédérique Vidal, et qu’à ce moment là, suffisamment d’étudiants soient présents dans l’hémicycle pour faire une action.

Question : on pourrait faire une action à ADP ?

Question : où sont les premiers concernés ? Diverses réponses: quand on est racisé, précaire, sans-papiers, difficile de se mobiliser.

Étudiant de Rennes 2 : manifestation, blocage. Blocage à Rennes 2. Question : une mobilisation nationale est possible ?

Enseignant de Nancy: à Paris, les actions ciblées sont plus faciles. Dans les facs de province c’est plus difficile. Essayer d’avoir quelque chose de natioanle ça sert à mobiliser les collègues, les étudiants, parce qu’ils ont l’impression d’être associé à un truc plus grand. À Nancy, la mobilisation était forte mais décroit. Rétention des notes, on a l’impression d’être seuls. C’est dur de ne pas se laisser intimider ; C’est pas plus facile de faire la rétention à 20. La rétention, c’est pas facile quand il n’y a pas de monde. Il faudrait réussir à étendre les dates. Ça aiderait.

Christofol : l’intersyndicale avait proposé des manifestations hebdomadaires le mercredi . Pas top. Mais bon pour maintenir une mobilisation avant celle du 12 mars. Après on peut repartir sur un rythme hebdomadaire. Mouvement de protestation le jeudi. Encore on a encore besoin d’informer les collègues. Besoin d’informer sur le décret, puisqu’il est sorti. Il faut des AG, des heures d’informations syndicales.

Gilles : grosse question : rendre sexy la mobilisation, attractive.

Lama : les mobilisations, AG ça marche pas, il faut faire des picnics ça marche bien.

Frédéric quelquechose (CGT Paris 3) : mobilisation difficile actuellement. Il faut taper fort. L’ANCMSP parle de la rétention des notes. Ça peut être autre chose, mais il faut bloquer. Trouver une modalité de rassemblement, OK, l’idée de poser un carré rouge et prendre des photos, ok, mais pour gagner il faut aller vers quelque chose. La rétention de notes, quand c’est minoritaire ça se termine mal. Il faut des modalités de remplir les AG.

ANCMSP : Il faut travailler à lier la question de la hausse des frais à celle du manque de moyens de l’Université et du changement structurel en cours. Pour avoir des actions concrètes, et en particulier celle de la rétention des notes, il faut élargir la prise en compte de la hausse des frais à celle du financement/manques de moyens de l’Université.

Gilles : ce n’est pas en étant peu revendicatif qu’on attire. Hier à l’EHESS, action physique, et beaucoup de gens nous ont contacté.

Étudiante étrangère : il y a beaucoup d’étudiants étrangers qui sont issus de lycées français à l’étranger.

Étudiant de l’EHESS (Université ouverte) : il faut être nuisible. Un tweet par personne, pour peu que ce soit coordonner, ça peut rendre leur communication beaucoup plus compliquée.

Étudiante : on avait évoqué des actions informatiques.

Hugo : deux propositions d’action : photos de classes avec/sans étudiants étrangers. Faire grève. Comment au Québec vous êtes passé à un mouvement de masse ?

Étudiante québécoise : ça a été préparé un an à l’avance. Tractage, AG (qui s’applique à tout le monde).

Étudiant : les élections européennes sont l’occasion de penser à une action disruptives… On pourrait s’arranger pour “crasher” un meeting LREM ?

Enseignant : En lycées français à l’étranger, possibilité de toucher. Concernés par Campus France. Faire du fact checking des éléments de langage et données officielles.

Stefano Palombarini : élément de nuisance : capacité à se revendiquer de la société, et pas d’intérêts sectoriels.

Christofol : tous les modes d’action sont à conjuguer, pas à opposer. On pourrait préparer un temps spécifique, le 4 avril, pour faire plein d’actions. Temps de revendication spécifique contre la hausse des droits.

Gilles :on a beaucoup d’adversaire en dehors de l’ESR, mais aussi dans l’ESR. On peut penser à Paris 7. On a des institutions dans l’ESR qui sont complices, donc il faut leur dire qu’on est contre leur vision.

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