Et faut-il vraiment augmenter les frais de scolarité pour que «l’excellence» de l’enseignement supérieur français soit reconnue à l’international ?

Voici les résultats d’une enquête scientifique par questionnaire menée par Lama Kabbanji (IRD/CEPED), Antonina Levatino (INED/UAB) et Sorana Toma (ENSAE/INED) dans le cadre du projet européen TEMPER. Les analyses ont été réalisées avec l’aide d’Andrainolo Ravalihasy, statisticien au CEPED. Le questionnaire de l’enquête est disponible en ligne.

En 2016-2017, nous avons conduit une enquête en ligne auprès d’étudiant·es internationales·aux inscrit·es dans des formations de master ou de doctorat en France, en Espagne et au Royaume-Uni (Academic International Migration Survey – AIMS). En France, l’enquête a été diffusée par Campus France auprès d’étudiant·es inscrit·es dans différents établissements d’enseignement supérieur. L’enquête a également été lancée spécifiquement à l’Université de Strasbourg, l’Université de Paris 1 et l’Université de Perpignan, de même que dans des centres de recherche (IRD, CNRS et INED) et dans certaines UMR (CEPED, INALCO et URMIS). 1173 étudiant·es internationales·aux ont répondu à notre enquête, dont 643 inscrit·es en master et 520 en doctorat. 52% de ces étudiant·es sont des femmes. Il s’agit par ailleurs d’une population diversifiée en termes d’origine géographique.

Parmi  les questions que nous leur avons posées, figurent les raisons les ayant conduit à venir étudier en France. Les étudiant·es devaient indiquer l’importance accordée à chacune des raisons mentionnées dans le questionnaire. Cette enquête montre que les étudiant·es internationales·aux, de master et de doctorat, sont venu·es en France pour deux raisons principales : la valeur du diplôme français sur le marché du travail ainsi que la réputation de ses établissements d’enseignement supérieur. Ainsi, pour les étudiant·es de master, parmi les six principales raisons jugées très importantes ou importantes (parmi 16 facteurs mentionnés dans le questionnaire), figurent la valeur du diplôme français pour accéder à une carrière internationale, en France ou dans le pays d’origine. Il n’est donc pas nécessaire, contrairement à ce que voudrait nous faire croire le plan « Bienvenue en France », d’augmenter les frais de scolarité pour que “l’excellence” de l’enseignement supérieur français soit reconnu à l’international. Parmi les autres raisons jugées importantes, figurent également le financement et le faible coût des études de même que la connaissance du français.

Motifs de la poursuite des études en France (Étudiants internationaux, master, Enquête AIMS).
CoB : Pays de naissance ; CoG : Pays d’étude (France)
Motifs de la poursuite des études en France (Étudiants internationaux, doctorat, Enquête AIMS)

Qu’en est-il des étudiants africains?

Les principaux motifs de la poursuite d’études en France déclarés par les étudiant·es africain·es sont sensiblement les mêmes que ceux de l’ensemble des étudiant·es internationales·aux interrogé·es : valeur du diplôme français pour accéder au marché du travail à l’international, dans le pays d’origine ou en France, ainsi que la réputation des établissements d’enseignement supérieur. Viennent ensuite la connaissance du français et les possibilités de financement.

Et qui sont ceux qui mentionnent le faible coût des études comme raison principale? Les Nord-Américains!

Parmi les étudiant·es internationales·aux, et en contradiction avec les idées reçues véhiculées dans le discours ambiants, ce sont ceux originaires d’Amérique du Nord qui mentionnent le faible coût des études parmi les raisons principales les ayant conduit à poursuivre leurs études en France.

Motifs de la poursuite des études en France (Étudiants nord-américains, master et doctorat, Enquête AIMS)

Comment devrait être construite une politique d’attractivité ?

Notre enquête montre, de même que plusieurs autres recherches, l’importance de nombreux facteurs qui influent sur les mobilités étudiantes. Nous l’avons vu, la réputation du système éducatif compte, de même que la valeur sociale des diplômes sur le marché du travail. L’écart de niveau de développement économique entre pays d’origine et de destination, ainsi que la proximité géographique, culturelle et linguistique et les liens historiques sont également importants. Étudier à l’étranger a un coût qui ne peut uniquement se résumer aux frais d’inscription. A ceux-ci s’ajoutent en effet le coût de la vie dans le pays de destination et surtout les frais et les difficultés liées à l’obtention du visa ou au renouvellement du titre de séjour, l’effort à faire pour s’intégrer, la difficulté d’apprendre une nouvelle langue, les perspectives d’emploi, etc. La politique d’attractivité présentée dans le Plan Bienvenue en France ne s’adresse qu’à une population spécifique, celle des classes moyennes supérieures. Elle fait fi des nombreux facteurs qui influent sur les mobilités étudiantes et de la diversité des profils des étudiant·es qui venaient jusqu’à aujourd’hui étudier en France. Cette diversité est pourtant l’une des caractéristiques qui font la spécificité de la France par rapport à d’autres pays de destination comme le Royaume-Uni ou les États-Unis.

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