En attendant le rapport de la commission d’enquête impartiale mise sur pied par le président de Paris 1, des collègues accusent à leur tour et à leur façon la direction du département des langues…

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Vice-Présidents,


Nous avons appris que vous ouvriez une enquête administrative sur les dysfonctionnements au Département des Langues. Comptant que vous encourageriez et récompenseriez un acte de délation volontaire, nous nous empressons de vous écrire pour vous signaler les agissements anormaux et choquants que nous avons observés et subis depuis un an de la part de notre directeur, Emmanuel X, et de notre directrice adjointe, Soraya X.


Nous accusons notre direction d’avoir, avec l’aide de la responsable administrative, clarifié la situation financière du Département et d’avoir révélé à l’ensemble des collègues l’existence d’un budget jusque-là inutilisé car resté confidentiel.

Nous accusons notre direction d’avoir encouragé tou·tes leurs collègues, quel que soit leur statut, à proposer des événements scientifiques et culturels et à demander le soutien financier du Département, permettant ainsi l’organisation d’un colloque international et de trois journées d’études internationales en partenariat avec différentes EA de Paris 1 et UMR rattachées à Paris 1.

Nous accusons notre direction d’avoir fait la promotion de deux nouveaux événements culturels au nom du Département des Langues, en organisant deux concours d’écriture financés par notre Département.

Nous accusons notre direction d’avoir obtenu que le droit soit respecté en exigeant la reconnaissance salariale d’une partie de notre travail, jusque-là demeuré gratuit puisque c’est bénévolement que nous consacrions des heures à la correction des milliers de copies de l’examen terminal, à la préparation, tenue et surveillance d’oraux et à la délivrance d’attestations de niveau de langue pour les dossiers Erasmus de nos étudiant·es.

Nous accusons notre direction d’avoir été la première à faire respecter l’interdiction de faire faire des heures supplémentaires non payées à des ATER et à des lecteurs ou lectrices.

Nous accusons notre direction d’avoir défendu les intérêts du Département et de ses étudiant·es, en luttant pour l’ouverture de nouveaux TD et pour la création de nouveaux postes de titulaires, au lieu de fermer les yeux sur les 2 500 étudiant·es privé·es de TD de langue faute de place en TD, manifestant ainsi leur volonté d’offrir de meilleures conditions d’études à nos étudiant·es, dans le respect de l’égalité et du droit.

Nous accusons notre direction de faire valoir le droit de tous les étudiant·es à bénéficier d’un TD de langue et de vouloir respecter la définition légale de l’examen terminal.

Nous accusons notre direction d’avoir œuvré pour que le Département conserve tous ses postes de titulaires mais aussi d’ATER, de maîtres de langue et de lecteurs ou lectrices, même quand ces recrutements étaient mis en danger par la négligence de collègues qui avaient pour mission de les mener à bien.


Nous accusons notre direction d’avoir voulu apporter un vent de dynamisme et de nouveauté pour améliorer nos conditions et ambiance de travail.

Nous accusons notre direction d’avoir toujours été disponible pour répondre aux requêtes des enseignant·es et des étudiant·es.

Nous accusons notre direction d’avoir fait de la salle des enseignant·es un espace accueillant et convivial, et d’avoir mis à la disposition de nos collègues de l’équipe administrative une salle pour leur pause déjeuner, leur évitant de manger devant leurs ordinateurs.

Nous accusons notre direction d’avoir soutenu leurs collègues quand ils proposaient des projets scientifiques ou pédagogiques innovants.

Nous accusons notre direction d’avoir défendu le droit de nos enseignant·es vacataires à être rémunéré·es dans des délais décents.

Nous accusons notre direction de n’avoir pas perpétué la pratique qui consistait à profiter de son rôle de modérateur de la liste de diffusion pour bloquer l’envoi de messages qui lui déplaisaient.

Nous accusons notre direction de ne pas avoir abusé de son pouvoir pour ralentir la progression salariale de leurs collègues en leur attribuant des notes faibles ou des appréciations déplacées.

Nous accusons notre direction d’avoir respecté le cadre du droit en ne nous punissant pas (par un lot de copies supplémentaires par exemple) de nos absences causées par des événements familiaux heureux ou malheureux.

Nous accusons notre direction de ne pas nous avoir harcelé·es, sexuellement ou moralement, comme nous avions pu y être habitué·e s.

Nous accusons notre direction de ne pas avoir songé à dénoncer celles et ceux d’entre nous qui osaient exprimer sur la liste de diffusion interne une opinion divergente de celle de la Présidence.

Nous accusons notre direction de n’avoir pas transmis à la Présidence de façon systématique les mails de collègues exprimant un désaccord avec la direction, laissant craindre la constitution de « listes noires ».

Nous accusons notre direction de ne pas avoir organisé d’examens délocalisés sans nous le dire, de ne jamais nous avoir mis devant le fait accompli, de nous avoir transmis les informations officielles dès qu’ils en avaient connaissance.

Nous accusons notre direction de communiquer ponctuellement les dates et ordres du jour des conseils de gestion pour faciliter leur préparation, et d’en diffuser systématiquement les comptes rendus.


Nous accusons notre direction d’avoir affronté des situations de crise sans se départir de son professionnalisme et sans nous laisser dépourvu·es de soutien et d’informations.

Nous accusons notre direction d’avoir dû gérer sa première rentrée en affrontant de lourds problèmes d’inscriptions causés par des retards de paramétrage informatique des maquettes. Nous accusons notre direction d’avoir toujours respecté son devoir de neutralité dans l’exercice de ses fonctions.

Nous accusons notre direction d’avoir affronté avec courage et professionnalisme la situation inextricable causée par la crise sanitaire et par les nombreux rebondissements de sa gestion dans notre Université.

Nous accusons notre direction d’avoir attendu le vote de l’instance démocratique qu’est la CFVU pour nous transmettre les modalités de validation de contrôle des connaissances votées en Conseil de Gestion du Département.

Nous accusons notre direction d’avoir conservé son calme et sa réserve quand ils étaient accusés et agressés, à l’oral lors de réunions ou à l’écrit dans des messages publics, par d’ancien·nes ou d’actuel·les collègues.

Nous accusons notre direction de ne pas avoir tenté de se faire compter des heures de décharge inexistantes.

Nous accusons notre direction, qui gère une composante transversale riche de plus de 28 000 étudiant·es, de travailler contre une maigre compensation puisqu’elle a dû convertir en décharge sa prime de charge administrative (PCA) contrairement à tous les autres directeurs ou directrices de composantes qui cumulent décharge et prime (PCA).

Nous accusons notre direction d’avoir subi vos colères « méditerranéennes » (sic) et votre froid mépris sans jamais devenir vindicatifs.


Nous, enseignant·es au Département des Langues depuis plusieurs années, n’étions pas habitué·es à de telles pratiques et souhaitions les dénoncer pour que vous y mettiez un terme aussi vite que possible. Nous ne doutons pas que la commission d’enquête que vous avez diligentée dans cet objectif saura prendre les décisions que sa composition partiale laisse espérer.

Ayant pleinement confiance dans votre bienveillance, nous ne craignons pas de vous transmettre publiquement ces accusations, pour que ceux et celles qu’elles visent en prennent connaissance en même temps que vous.

Les membres du DDL solidaires


Illustration : photo de Ralph Crane, 1961 (détail).

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