LIBÉ DES ÉCRIVAINS, Par David Diop — 13 mars 2019

Derrière la réforme de la hausse des frais pour les étudiants étrangers transparaît l’idée que payer cher son diplôme garantit son poids sur le marché du travail. Pourquoi ne pas inverser cette logique ?

[…] Faire payer pour donner du prix ? Derrière cette question transparaît la crainte qu’un certain modèle économique n’investisse définitivement le champ universitaire français. Dans un monde globalisé convaincu de la supériorité du profit, ce qui est gratuit ne peut pas être estimé autant que ce qui coûte cher. La gratuité, c’est la pauvreté des ambitions, la dépréciation d’universités qui prônent l’excellence. Selon ce modèle, la cote d’amour d’une université devrait se situer à l’exact opposé de cette loi universelle qui veut que l’amour gratuit ait plus de valeur que l’amour tarifé. On peut dès lors comprendre une des motivations des concepteurs de la réforme : doper l’attractivité de l’université française par la séduction des quelques étudiants désireux de payer le prix fort pour avoir la certitude de la «valeur» de leur diplôme sur le marché du travail. Un pari risqué.

Il est vrai que depuis 2007 la loi d’autonomie des universités françaises, plus connue sous le nom de loi Pécresse, fragilise la quasi-gratuité des droits d’inscription. N’étant plus entièrement subventionnées par l’Etat, rares sont les universités qui parviennent à équilibrer leurs comptes. Il a donc fallu trouver des solutions.

Chaîne.

Supprimer nombre de postes d’enseignants-chercheurs et d’agents administratifs ou raboter l’offre de formation, la tendance semble être aujourd’hui de prendre les choses par l’autre bout de la chaîne alimentaire : faire payer les étudiants pour rééquilibrer les budgets. Dans un tel contexte, il est à craindre que le débat actuel autour du relèvement des droits d’inscription pour les uns soit le signal d’une hausse généralisée du coût des études universitaires pour tous les autres. Pourtant, la quasi-gratuité des droits d’inscription est la seule chance pour des étudiants aux revenus modestes, quelles que soient leurs origines, de frayer en eaux universitaires.

Pourquoi s’interdire de penser que la gratuité des inscriptions ne puisse pas être la «valeur ajoutée» de l’université française ? La France a longtemps placé la formation de sa jeunesse, ainsi que celle du reste du monde, au-dessus de tout. Là se retrouvent les valeurs d’humanisme et d’universalisme dont elle se réclame. Il n’y a qu’en assumant sans fard son choix de la gratuité que l’université française pourra conserver sa richesse.

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