Depuis environ quatre ans, nous formons un petit groupe d’enseignantes féministes à la Sorbonne à Paris, qui cherche à créer et maintenir un espace de résistance et de création dans un contexte hostile au changement, réactionnaire, qui revendique son conservatisme. Les membres du groupe changent, mais nous sommes toujours là. Nous avons appris à ne pas avoir peur de joindre le personnel et le professionnel, d’intégrer nos émotions, de mobiliser et partager nos privilèges.

Nous pensons que, comme l’enseigne bell hooks, « être à la marge signifie faire partie d’un tout mais en dehors de l’élément principal » .

Nous revendiquons notre positionnement dans les interstices. Nous voulons vivre la liberté et la créativité d’habiter la marge.

Nous nous sommes soustraites à l’injonction à la pédagogie traditionnelle qui reproduit les rapports de domination, nous revendiquons une pédagogie anti-oppressive, une pédagogie guérillère. Nous n’avons plus peur de mêler les éléments. Nous nous sommes soustraites à la peur fragilisante qui développe la peur. Nous voulons contaminer.

Nous contaminons les contextes, injectons des virus, la performance est notre camarade de classe, la postpornographie notre maîtresse.

Nous revendiquons la violence de l’auto-défense. Nous nous défendons en tissant la toile du care. Nous créons des espaces de suspension de la norme à l’intérieur des espaces de l’institution.

Nous nous soustrayons au sentiment de vertige que provoque la conscience de ses propres privilèges. Nous y entrons, pour apprendre à les mobiliser, à les utiliser, à les partager. Parce que si l’on ne peut pas démolir la maison du maître avec les outils du maître, on peut les lui jeter au visage. Nous apprenons aussi à accepter que la toile puisse se rompre. Se reconfigurer sans s’affaiblir est une condition sine qua non à la complexité et à l’étiolement des relations. Nous apprenons au fur et à mesure à ne pas nous laisser aller à l’inconfort de la déception, de la remise en question, de la tristesse, et nous ne voulons pas permettre à la déception de se transformer en cynisme.

Nous en appelons à la sbaglieranza pour y repenser. Devant la frustration et l’inconfort que la violence dominante porte en soi, nous n’abandonnons pas la piste mais nous revoyons le parcours.

Pour en savoir plus :

Ce texte a initialement été publié ici.

Toutes les images sont de Rachele Borghi.

Un commentaire sur « Manifeste SCRUM – Sorcières pour un Changement Radical de l’Université Merdique »

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